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papatya - anonyme Kriseneinrichtung für Mädchen und junge Frauen mit Migrantionshintergrund
Mädchen mit Mütze Mädchen mit Kopftuch lachendes Mädchen Mädchen mit Kaffetasse lachendes Mädchen Mädchen mit Schleier

Publication

Dispositif d'hébergement PAPATYA pour des filles et jeunes femmes migrantes

Colloque international Mariage Forcés:
8 octobre 2010 à Montpellier


Eva Kultus – Directrice de Papatya – Berlin – Allemagne

PAPATYA a été crée il y a 25 ans. PAPATYA est un foyer d'urgence pour des filles et jeunes femmes immigrées qui souffrent de la violence familiale, de la surveillance et de mariage forcé. Le foyer est basé a Berlin et l’adresse est strictement confidentielle. Nous avons accueilli plus de 1500 jeunes femmes dont l’âge se situe entre 13 et 21 ans. La mise à l'abri est prévue pour quelques semaines et peut durer plusieurs mois. La capacité d'accueil de notre centre est de 8 places. La plupart des jeunes femmes accueillies sont d’origine turque (60 %), ce qui peut être lié au nombre important de familles turques installées en Allemagne. Parmi les pays dont sont originaires les familles on retrouve le Liban, Palestine, Tunisie, Syrie, Egypte, Irak mais aussi l'Iran, Afghanistan, Pakistan et l’Afrique de l’ouest ou Somalie et Soudan. Ou encore l'ex-Yougoslavie, le Kosovo-Albanie et la Croatie, des roms de l’Europe de sud, qui sont souvent mariées de force très tôt, et bien souvent, dès l'âge de 12 ans.

La plupart des victimes sont de confession musulmane, mais il y a aussi des chrétiennes.

La majorité des jeunes femmes sont nées en Allemagne, mais ont souvent elles-mêmes vécu une expérience de migration. Parfois elles ont vécu quelques années chez les grands parents dans le pays d’origine de la famille. De nombreux cas concernent la Turquie où on les a abandonnées pour les discipliner et apprendre les coutumes des parents.

Elles ont toutes fuit d’un mariage forcé (50%), ou d'autres violence familiales. Elles sont souvent battues et quelques fois gravement, certaines ont subi des abus sexuels (25%). Elles sont surveillées en permanence et ont la responsabilité de toutes les tâches domestiques et notamment au service des grands frères qui les tyrannisent avec le consentement des parents. Les violences subies durent plusieurs années et les demandes d'aide ne sont pas entendues et la famille maintient la pression. Environs 30 % ont déjà tenté de se suicider.

“Un garçon peut laisser la crasse devant la porte, une fille l’apporte dans la maison.”
J’ai entendu cette phrase il y a quelques semaines au petit déjeuner. Il y avait autour de la table des filles turques, du Liban, de Somalie et du Kososvo-Albanie. Ce propos existe dans toutes les familles et dans différents pays . Elles décrivent le dilemme : ce que fait le fils n’est pas important, s’il se comporte bien ou pas ne pose aucun problème, mais la fille est responsable de l’honneur et du respect de la famille. Toutes les jeunes accueillies à Papatya ont grandit avec la priorité de l’honneur : l'honneur régit la vie des femmes dans les familles patriarcales et traditionnelles. Au nom de l’honneur il y a beaucoup de violence familiale envers les filles: Elles doivent en tout cas rester vierge jusqu’au mariage. Il ne s'agit pas seulement de la virginité et des relations sexuelles, mais aussi du contact avec les garçons. Il est interdit de parler à un garçon et être vue dans la rue avec un copain est une transgression de l'honneur. Le drame survient si la jeune femme n'est pas vierge la nuit de noces. Pour garder ''ce trésor'' les filles sont souvent enfermées à partir de la puberté. Elles sont contrôlées par tous les membres de la familles. Un simple appel téléphonique d’un copain de classe peut être la cause de violence extrême.

Le mariage forcé peut être très tôt et quelques fois à partir de 13 ans! Sinon les jeunes sont renvoyées dans le pays d’origine. Toutes ces situations peuvent être à l'origine de crimes d’honneur. Quand une fille fuit les violences c’est le moment le plus dangereux pour elle, mais aussi pour Papatya. Toute la famille se met à sa recherche pour la retrouver avant que les gens, les voisins etc... ne s'en aperçoivent. Les filles sont porteuses de l’honneur de la famille, elles ne peuvent pas gagner l’honneur, elles peuvent seulement le perdre, Dans tous les cas elles sont les seules responsables.

La fugue de la fille fait perdre l'honneur de la famille, la cause de la fuite n'est jamais prise en compte. Refuser un mariage forcé est contre l’honneur. L’abus sexuel est contre l’honneur seulement s'il est connu, la fille qui fuit un abus sexuel a déshonoré la famille parce qu’elle le dit en dehors de la famille. Le crime d'honneur se justifie, ne pas tuer la fille est contre l'honneur. Une fille de 15 ans nous a dit: « je viens d’une famille arabe et j’ai 5 frères. Il n’y a pas de lieu qui puisse assurer à 100°/° ma sécurité, ils me trouveront ». C’est bien possible, mais nous ne pouvons pas assurer la sécurité dans tous les cas et pour longtemps. Cette fille n’est jamais partie de chez elle car elle avait terriblement peur. Une partie des filles accueillies à Papatya souffrent de violences intra familiales ,il y a celles qui ont la chance de s’enfuir et qui sont assez fortes pour le faire. Il y a aussi celles qui sont enfermées, contrôlées et trop détruites dans leur intégrité physique pour être capables de changer leur vie. Il y a aussi des jeunes filles qui n’ont pas de conflits graves avec leurs parents et n’ont pas besoin d'un foyer d'hébergement anonyme pour se cacher.

La démarche de Papatya
Papatya offre une mise à l'abri et une protection : notre adresse n’est pas connue, pas même par les travailleurs sociaux du service de la jeunesse.. Seul le''Jugendnotdienst“, un service d’urgence pour les jeunes à Berlin, a connaissance de notre adresse. Il s'agit d'un lieu où tous les jeunes qui ont des problèmes graves, qu'ils soient allemands et migrants, garçons et filles, peuvent trouver de l’aide. C’est un lieu bien connu et accepté par les jeunes. Les filles en danger sont directement orientées chez nous. Notre centre est bien caché dans un quartier mixte, il s'agit d'un appartement dans un immeuble, avec 4 chambres et 8 places.

Dans notre foyer de crise nous travaillons en équipe interculturelle et professionnelle: 8 femmes professionnelles (travailleures sociales, éducatrices, et une psychologue ) partagent six postes et assurent un accompagnement de 24 heures et 7 jours sur 7.. Notre adresse est strictement confidentielle pour donner aux filles la possibilité de réfléchir tranquillement et décider de leur vie sans la pression de la famille. Généralement les familles n’acceptent pas que les filles ne rentrent pas à la maison et seul un lieu protégé et caché les empêche de forcer les filles à revenir. Maintenir le lieu secret pour la protection des jeunes demande des règles strictes, les jeunes femmes sont autorisées à sortir l’après-midi, pendant quelques heures. Elles sont protégées dans notre centre, mais pas dans la rue, alors il faut trouver un compromis raisonnable. Certaines sont terrorisées et ne mettent pas un pied dehors de peur d'être retrouvées ou même tuées. Les lieux de rendez-vous avec le copain ou la copine sont toujours situés à au moins 3 stations de métro de Papatya. Il est strictement interdit de dire qui nous sommes.

Si une fille hébergée à PAPATYA est repérée à proximité de l'hébergement, elle doit nous quitter pour la protection des autres filles chez PAPATYA. Une autre règle est posée, les filles doivent nous remettre leurs téléphones portables. Ceci est nécessaire pour ne pas être retrouvée, et pour éviter la pression de la famille qui va tout faire pour que la jeune rentre à la maison.. Bien souvent les familles envoient des messages « ta mère est à l’ hôpital , elle a eu une attaque à cause de toi“, le grand-père va mourir, si tu veux le voir encore un fois rentre vite“ etc...Ces messages sont rarement vrais et relèvent du chantage affectif. La vie dans l’appartement demande une organisation importante. La notion de groupe fait partie de notre conception de travail, il est important que chaque fille voit qu'elle n’est pas seule et a les mêmes problèmes que les autres qui ont aussi quitté leurs familles. Elles pensent souvent que c’est de leur faute et disent ''le suis le mouton noir“ Des entretiens intensifs sont mis en place dès l'arrivée à PAPATYA. L’expérience a montré que la situation de crise favorise la parole et il se développe très vite une relation de confiance. Le séjour dure en moyenne 6 semaines et quelques une restent seulement 2 jours car la séparation est insupportable, Les petits frères ou soeurs manquent, elles décident de retourner vivre avec la famille. Enfin, certaines jeunes restent plus de 6 mois parce que tout est difficile et les démarches administratives vont très lentement.

Nous recherchons toujours des informations pour connaître les réactions de la famille et estimer le risque encouru par les filles. Est ce que les parents ont contacté ou menacé les agents qui ont aidé ? ont-ils contacté les ami es ? , les professeur e s? Nous proposons aux filles d'écrire leur histoire de vie sur papier, c’est une bonne réflexion sur la situation mais aussi sur l'avenir. Ce récit de vie est important pour convaincre les services de la jeunesse et le juge familial de les protéger. Une fille mineure est prise en charge par le service de la jeunesse, si les parents demandent le retour à la maison , le juge doit statuer pour le droit de garde des parents. Nous travaillons en collaboration avec les services de la jeunesse. Généralement notre but est de recevoir le support du service de la jeunesse pour l' intérêt de la fille. Ce n’est pas toujours facile, particulièrement si la fille a plus que 18 ans, pour des raisons financières on les oriente souvent vers le service social responsable des maisons pour femmes victimes de violences. Mais ces filles ont encore besoin de beaucoup d’aide et de soutien car elles n’ont jamais appris de vivre en dehors de leurs parents, elles n’ont pas eu le droit de décider, et il faut qu’elles apprennent beaucoup de choses pour devenir adulte.

Alors nous luttons souvent des deux côtés, avec les parents et les services de la jeunesse. Sans nous, la victime est perdue dans les méandres de la bureaucratie. Nous prenons partie pour la fille, avons le rôle d'avocat et développons avec elle une perspective réaliste. Souvent l'après PAPATYA est un appartement conseillé par des professionnel-les partagé avec 4 autres filles. Si elle est sérieusement en danger à Berlin (car la famille n’arrête pas de la chercher) l'éloignement vers une autre ville est incontournable.

Environs 30% rentrent de PAPATYA dans la famille, souvent dans une situation terrible, mais elles ont l’espoir qu’il aura un changement. Environs 10% reviennent une deuxième, et même une troisième fois a PAPATYA jusqu’à ce qu'elle soit assez forte pour résister et vivre sa vie.

Plus nous sommes connus, plus nous recevrons des filles de tout l’Allemagne. Avec nos 8 places nous ne pouvons pas sauver toutes les filles concernées, mais chaque année nous accueillons entre 60 et 70 filles et jeunes femmes. Depuis 6 ans nous offrons aussi des conseils par e-mails dans le cadre de notre projet de conseil virtuel « SIBEL ». Maintenant nous recevons environs 400 e-mails par an et il y a une collègue qui s’occupe de les conseiller. La il y a aussi la possibilité de conseiller des jeunes hommes qui sont menacés de mariage forcé, mais les chiffres sont moindre. C’est un projet de prévention pour accompagner les filles et jeunes femmes qui sont ambivalentes si elles prennent la fuite où s’il y a une possibilité de changement dans leur famille. Le conseil en ligne est accessible partout dans le monde, même si une fille est renvoyée dans le pays d’origine de ses parents pour la marier ou la discipliner. C’est anonyme et le contact n’est pas dangereux, ni pour la fille ni pour nous. Parce que aussi ceux qui aident sont menacées et doivent se protéger.

Information complémentaire
La coopération va continuer, nous avons reçu l’argent du programme DAPHNE de la Communautés Européenne pour supporter mieux les filles et jeunes femmes qui souffrent de la violence au nom d’honneur et de mariage force, d’apprendre des expériences des autres projets qui travaillent sur ce thème et d’installer des conseils par ligne. Cela va être en coopération avec Planning Familial de Montpellier et des projets en Turquie, Autriche, Angleterre, Roumanie et Bulgarie.

Remerciements
Nous remercions chaleureusement Eva Kultus d'avoir bien voulu s'exprimer et nous transmettre sa contribution en français.